Dernièrement, je m'étais bien remise à écrire. Et je continue. Nous avons notamment passé
un week-end en Belgique où j'ai eu toute une journée pour lézarder au soleil que j'ai mise à contribution pour avancer vaillamment. Des pages noircies. Un peu de plaisir. De bonnes
sensations. L'impression que le texte avance.
De lui-même.
Et c'est bien là le problème.
Oui, vous l'avez deviné, je vais encore venir vous assaillir de mes doutes et questionnements.
Ce "roman" est fort bien avancé. J'ai dans mon ordinateur un fichier Word A4 de plus de 100 pages (soit environ 200 pages
standard) et sur mon cahier encore plus d'une cinquantaine de pages. Et j'avance. Chaque semaine.
Sauf que je ne sais pas où je vais. J'ai bien une vague idée, mais elle porte en elle son défaut : elle est vague,
justement. A aucun moment dans la conception de ce roman, je n'ai entrevu une fin à celui-ci. Je le voyais plus comme une fresque. Il est né de sensations, d'envies, de sa propre
émanation.
Un soir que j'étais dans mon lit à remâcher la trajectoire fort improbable de mes personnages, à un moment où je n'étais
plus vraiment éveillée et pas encore tout à fait endormie, j'ai vu le pourquoi, la trame profonde et la raison d'être de ce texte. J'ai touché du doigt ce qu'il devait être, vers quoi il devait
tendre et j'ai su de façon fugitive où j'allais. J'ai un souvenir très net de ce moment où je me suis dit : "C'est ça, ce roman doit se dérouler ainsi." Et puis... je me suis endormie. Je n'ai
rien noté. Et tout s'est enfui.
Aujourd'hui, je ne sais toujours pas où je vais. Je n'ai tracé de plan que pour les trois ou quatre chapitres à venir,
pas plus. Et les personnages vivent leur vie. Ils font glisser mon stylo sur les pages lignées de ce cahier que je traîne avec moi. Il prennent des directions que je n'avais pas imaginées mais
qui leur conviennent et que je ne peux renier. Le roman a sa propre vie et moi, j'ai l'impression d'être un auteur perdu dans le noir.
Je devrais me poser. Réfléchir à tout ce que j'ai mis en place. Aux raisons pour lesquelles je l'ai fait. A la façon dont
tout ceci devrait être mené. Et ne pas le faire dans mon lit, un soir de semaine où je suis crevée... je n'y parviens pas vraiment. J'attends peut-être le moment propice. C'est ce que je fais un
peu pour tout : je ne fais pas forcément les choses au moment où je le devrais, je les fais au moment où je le sens et c'est souvent une bonne décision, je m'en rends compte
quotidiennement.
Malgré tout, aujourd'hui, je me sens un peu larguée face à ce texte déjà très gros (un peu monstrueux à mes yeux même).
D'un côté mon envie d'écrire et la satisfaction que je prends à le faire me poussent à poursuivre. De l'autre, je ne peux éviter de penser "à quoi bon ?" en me disant que je m'économiserais de la
peine et de l'énergie en arrêtant dès maintenant. Ce serait un roman mort-né. Ca ferait mal, mais on n'y pourrait rien.
Je peux peut-être encore le sauver. Pour cela, il faudrait que je cesse d'avancer dans le noir. Que je prenne le temps
d'allumer une bougie, aussi ténue que puisse être sa lueur. C'est sans doute là que se trouve la difficulté et la souffrance que je ne trouve plus lorsque j'écris.
Ambre
Par Ambre
-
Publié dans : Ecrire
13
A ma très modeste échelle mes "histoires" ne vont jamais là où je croyais qu'il me semblait qu'elles iraient quand j'ai commencé à les laisser prendre corps... Je crois qu'elles ont toujours eu raison de n'en faire qu'à leur tête... Nos personnages savent toujours mieux que nous où ils doivent aller...
Vouloir leur imposer une direction préétablie c'est un peu, mutatis mutandis, comme vouloir décider de leur vie à la place de nos enfants...
Il me semble que souvent les doutes, l'envie de tout laisser tomber procèdent de la peur de ce que nous serions amenés à découvrir de nous-mêmes si nous persistions à nous laisser libre cours... Ce que votre "moi conscient" a tenu à oublier des tenants et des aboutissants de ce roman est-ce que quelque chose en vous n'en garde pas que trop bien la mémoire?
Amicalement à vous
François
En fait, il m'arrive tout le temps de "me faire prendre la main" par mes personnages. Ils me surprennent sans cesse. Mais en général, j'ai perçu dès le début une direction pour l'histoire qui sera tenue malgré tout. Là, je ne sais absolument pas où je vais, ni même quelle sera la fin. C'est troublant tout de même. Je crois que c'est à moi de me creuser pour retrouver ce fil ténu que j'avais envisagé et qui pourrait tout de même m'aider à canaliser tout ce petit monde.
Ambre
Merci pour tes visites.
Ambre
Ambre
Dans ton commentaire, tu distingues écriture personnelle et écriture publique (en quelque sorte) et je fais la même distinction. L'écriture que je pratique pour mon magazine de danse n'a rien à voir avec celle que je pratique pour moi. Et pourtant, il y a parfois des points communs dans l'élaboration du texte : seul le style et la construction changent. Il me semble notamment toujours plus facile de disserter sur un sujet donné. Pour une écriture personnelle, on est livré à soi-même. Libre, mais aussi seuls responsable de nos ratés...
Je comprends que cette écriture te titille et je crois que cela demande une dose de courage de s'y mettre. Je ne dis pas que tu n'es pas courageuse mais plutôt que je comprends que tu préfères t'adonner à des exercices moins hasardeux. Et puis, il y a tant de choses intéressantes dont on peut parler, que l'on peut faire. On laisse souvent l'écriture passer au énième plan. Nous faisons tous ça. Je suis constamment obligée de me faire violence pour écrire : la flemme et la peur font souvent leur office... Donc, si tu écris pour toi de temps en temps tant mieux et si tu ne le fais pas, ce n'est pas si grave à partir du moment où ça ne te manque pas.
Ambre
Tu vois, je n'ai pas encore tout lu chez toi, je ne sais donc pas tout de ta démarche, de tes hésitations...
Mais je t'ai lu un peu. Là encore.
Et je me dis que ce roman qui t'échappe, tes efforts pour le retenir, tes scrupules, tes joies, tes regrets, cela pourrait faire un très beau roman que je serais contente de lire et qui aurait pour titre "Le roman que je n'ai pas écrit".
Si un jour tu dois laisser de côté ces pages que tu as noircies en quinze ans, qui te semble si rétif, fais-en l'histoire d'un écrivain. Un roman dans le roman d'un autre personnage, même si je suis certaine que d'autres y ont déjà pensé et l'ont peut-être déjà fait.
Je crois que ce serait différent, de toute façon, parce que les circonstances sont différentes, que les personnages le seraient forcément aussi... et quant à l'écriture, c'est évident.
Tu as ta façon d'écrire, ton style...
Moi, j'attends, comme d'autres, que tu le termines.
Bonne soirée, Ambre.
En fait, j'ai déjà un premier roman de "fini" (je mets toujours des guillemets car il me titille toujours celui-là). C'est celui que j'ai mis 15 ans à écrire. Celui sur lequel je suis actuellement se traîne depuis à peu près 4 ou 5 ans, je crois. Ce qui me fais craindre d'être à nouveau partie pour un marathon. Surtout que, pour le premier, je savais où j'allais. Là... De fait, il va falloir que tu attends un bon moment je crois pour lire ce truc qui ne ressemble à rien.
Ton idée de roman sur l'écriture d'un roman me plaît assez d'ailleurs. C'est tellement de tâtonnements, d'hésitations, de retours en arrière, de questionnements... Moi, je trouve passionnant le processus de création d'un texte et tout ce que cela engendre. Tu dois connaître ça.
Ambre
Suis allée trop vite en pensant, moi !
Ambre
D'autant que, quand tu as "vu" le pourquoi et le comment, dans ton demi someille, peut-être était-ce bien moins intéressant que tu crois t'en souvenir car, dans cet état, proche de celui des rêves, des choses souvent bien fades nous paraissent formidables ! Pas sûr que si tu avais tout noté, une fois à tête reposée, tu aurais toujours trouvé toutes ces explications si pertinentes. Peut importe le but ! il n'y a pas de but, le but est le chemin (comme dit le sage).
il te reste de la marge avant d'avoir à trouver une fin, alors, laisse donc couler. Continue à créer avec plaisir, Continue d'écrire, la fin viendra en temps voulu. Ce focaliser sur la fin ne ferait que te bloquer.
Peu importe aussi la taille de l'objet, au contraire. Il impressionne ton mental qui commence à s'appercevoir que l'objet devient trop gros pour qu'il puisse continuer à le maîtriser de bout en bout. Tant mieux ! Il y a une dimension de la création qui doit resté hors de son atteinte, hors de son emprise. C'est ce qui rend l'aventure si intéressante. Aussi, je ne vois dans toutes ces nouvelles que de bonnes nouvelles moi.
Tu as une fois de plus raison : j'essaie de me rassurer en cherchant à savoir où je vais. Ce roman a sa vie propre, aujourd'hui, j'en suis convaincue. N'empêche que j'aimerais bien connaître au moins la direction générale car je n'en ai pas la moindre idée et je ne vais pas tarder à me retrouver en panne sèche... Bref, entre laisser la place à la créativité et ne pas intellectualiser et connaître même partiellement la direction générale, il y a un gap que j'aimerais un tant soit peu réduire. Pas facile de tout concilier. l'vantage, c'est que tes conseils me permettent aussi de me rassurer et remettent les choses en perspectives.
Ambre
Ambre
Ambre
Je te soutiens à 100% dans ce moment doute. On en traverse tous. Bon courage et merci de t'ouvrir à nous ainsi.
Ambre
Bon courage ma grande... Le doute, c'est ce qui fait qu'on est humain aussi, et encore heureux d'ailleurs.
Le tri va être dur, moi qui déteste reprendre mes textes... mais cela va en effet s'imposer.
Ambre
je viens de te lire et ma foi, je crois un peu me voir .
les idées au lit , les personnages qui survivent sous l'encre de ma plume.
A mon humble avis , tu te fais trop de soucis, alors qu'écrire est prendre du plaisir , lâche toi, rentre dans les personnages , fait les vivre de tes frustrations, de tes plus beaux rêves d'amour ou de princesse, fait les voyager comme tu ne pourras jamais le faire, oublie qui tu es .
Tu as écris presque un chapitre rien que pour nous transmettre tes doutes , alors tu peux le faire pour faire parler tout tes personnages.
Qu'est ce qu'on cherche en écrivant ?
De cette réponse tu sauras vers quel monde orienter ton livre.
Bon courage .
Je vienderai te lire .
Souad.
Ambre
Merci pour ta "croyance" en moi.
Ambre