Au mois de septembre, je suis venue à bout de mon fidèle cahier qui traînait dans mon sac depuis près de deux ans, recueillant toutes les idées qui
me venaient à l'esprit, les adresses de personnes rencontrées, les listes de choses à faire mais aussi les lignes du roman en cours. C'était un très joli cahier et je ne m'en suis jamais lassée.
je n'étais pas du tout pressée d'en finir avec lui tant il était agréable : une couverture en plastique souple qui le protégeait bien et un superbe papier ligné faisaient tout son charme. J'ai
terminé un chapitre dessus (je vous l'ai raconté je crois).
Mais il a bien fallu que je me décide à chercher un nouveau cahier. Las, j'ai parcouru bien des rayons de supermarché et des allées de papeterie sans découvrir l'élu. J'ai dû finalement me
résoudre à acquérir un de ces cahiers basiques que l'on peut trouver n'importe où. Ayant toutefois trouvé un cahier à couverture en plastique, je me suis dit que je finirais par m'habituer à ses
petits carreaux d'écoliers puisqu'il serait tout de même bien protégé. L'expérience se révèle aujourd'hui désastreuse. Les pages sont déjà toutes cornées, roulées, recroquevillées sur elles-mêmes
alors que je ne le traîne dans mon sac que depuis quelques semaines. je ne parviens à y glisser que l'essentiel : des notes, des listes, des adresses mais le produit de mon écriture, point. C'en
devenait désespérant.
Et puis la semaine dernière, à la recherche d'un cadeau pour Max à l'occasion de notre anniversaire (11 ans de vie commune, ça se fête, tout de même), j'ai fait un grand tour dans un magasin dit
culturel ayant la bonne idée de présenter un rayon papeterie fort bien achalandé. Là, ce fut le coup de foudre : il était là, il n'attendait que moi. Son papier épais était bien blanc et ligné.
Mais surtout, il arborait cette couverture insolite autant qu'étonnante et captivante faite de plastique sur lequel se pavanaient des motifs de velours (je vous demande un peu, on trouve de ces
trucs de nos jours !). Bref, j'ai sauté dessus.
Depuis que je l'ai, je sens mes personnages s'agiter en moi, comme s'ils s'éveillaient d'un long sommeil. Ca bouillonne. Le stylo me démange. Ca ne va pas tarder à sortir.
Du coup, je m'interroge. Le cahier fait-il l'écrivain ? Je serais tentée de répondre oui dans mon cas. Si je ne dispose pas d'instruments qui me donnent envie de m'exprimer, j'ai l'impression
d'être muselée. Je ne peux m'empêcher de me dire que c'est idiot d'en être là et que c'est bien dommage. Mais la mauvaise période est passée, c'est aussi ce que je pense. Je vais pouvoir me
remettre à écrire après un ou deux mois d'abstinence sur mon superbe cahier qui ne sera plus désormais consacré qu'à ça. Le mal-aimé à carreaux sera très bien pour poursuivre mes prises de notes
variés et pourra être envahi par Max à l'occasion (comme je détestais qu'il le fasse sur mon précédent cahier).
Ambre
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