En guise dintroduction, je vais commencer par un petit récapitulatif sur la science-fiction (SF). Il ne sagit pas du seul genre qui mintéresse mais il constitue toutefois un pôle pour moi que vous risquez de voir souvent apparaître au fil des articles.
La SF, quest-ce que cest ? Pour beaucoup, il sagit de space opera avec vaisseaux spatiaux, sabres laser, petits bonhommes verts ou robots. Ces personnes passent, hélas !, à côté du véritable sens de la SF à mon avis. Dabord parce que cette image est faussée : la SF na pas besoin de planètes lointaines et de martiens pour exister. Ensuite, parce que son propos varie selon la personne qui le sert et celle qui le reçoit.
Pour comprendre un peu mieux la SF, il faut revenir à létymologie du mot. On parle dabord de « fiction » : rien quà lénoncé du mot, on sait quon nest pas dans la réalité, que lhistoire va être inventée de toutes pièces. Vous me direz que tout ce qui est fiction nest pas SF : en effet, tout roman est a priori fiction. Cest là quintervient le mot « science ».
A lorigine, que cherchaient les premiers auteurs de SF ? Si lon considère Jules Verne ou H. G. Wells, on peut dire quils étaient passionnés de science, de technologie. Ils pensaient sans doute que les progrès de lhomme en ce domaine navaient pas de limite. Ils ont tenté dimaginer ce que pourraient apporter ces avancées technologiques, comment elles seraient exploitées et perçues, quelles aventures elles permettraient de vivre. Cest là la naissance de la science-fiction : imaginer comment les sociétés humaines accueilleraient leurs propres créations, comment elles évolueraient avec elles ou comment elles régresseraient
La SF nest rien moins que ça : elle parle des hommes et de leur devenir. Mais cest aussi bien plus.
Il y a, en effet, eu beaucoup de dérives : les auteurs, à travers les époques, ont continué à faire de la SF, avec ou sans la science. Et la SF est devenue un genre à « effets » pour beaucoup (batailles de lespace, créatures aux dons étranges, voyages interstellaires) ou est restée un genre permettant des extrapolations hyper-réalistes (eh oui !) pour dautres. Sans compter lapparition du cinéma, son appropriation des uvres littéraires pionnières, son inventivité et son utilisation souvent explosive du genre.
Je dirais, pour généraliser (mais tout le monde nest pas forcé dêtre daccord) que la littérature a toujours plus ou moins bien su continuer à bâtir la SF la plus réaliste possible en imaginant limpact dhypothétiques inventions technologiques et même si cela devait nous amener sur de lointaines planètes. Ceci a été vrai pendant longtemps. Ce fut le cas, par exemple, des premières uvres de SF (et même si leurs auteurs navaient pas conscience de faire de la SF mais uniquement de la fiction) comme L'Etrange cas du docteur Jekill et de Mister Hyde de Robert Louis Stevenson, Frankenstein de Mary Shelley, Lhomme invisible et La Machine à explorer le temps de H. G. Wells, 20000 lieues sous les mers, Voyage au centre de la Terre et De la Terre à la Lune de Jules Verne, pour ne citer que les plus connus. Mais ce fut aussi le cas de bien dautres uvres plus récentes comme 1984 de George Orwell (où on peut voir plutôt de la politique-fiction) et Le meilleur des mondes de Aldous Huxley. Les choses se compliquent avec les auteurs contemporains. Barjavel nous donne une idée de ce que nous aurions pu être face à ce que nous sommes devenus dans La nuit des temps mais aussi de la décadence qui menace notre société dans Ravage. Dautres reconstruisent une société hypothétique sur dautres mondes comme Isaac Asimov dans le cycle de Fondation qui relève de lhumano-fiction peut-être (abordant la politique, le religieux mais aussi le culturel ou le technologique), bien plus en tous cas que Les Robots. Frank Herbert aussi développe toute une société dans le cycle de Dune, sa grande uvre, tout comme Dan Simmons dans Hypérion et Endymion. Kim Stanley Robinson préfère plus de réalisme dans le cycle de Mars où comment les hommes peuvent-ils conquérir dautres planètes pour échapper à la dévastation inéluctable de la Terre. On retrouve ce mélange de réalisme et de SF dans le monument quest luvre de Philip K. Dick (voir ses nombreuses nouvelles notamment).
On se trouve ainsi très souvent face à des visions assez pessimistes de lavenir de lhomme quil soit incapable de préserver son milieu (la Terre ou dautres planètes) ou incapable déchapper à tous les excès déjà connus pas nos sociétés (capitalisme déshumanisant, joug de la religion, grandeur puis décadence, renversement et reconstruction de systèmes politiques et de sociétés), visions dans lesquelles lacquisition de nouvelles technologies joue toujours un rôle primordial dans lévolution des sociétés humaines (suprématie de Fondation sur les autres planètes, obtention dembryons sans accouplement dans Le meilleur des mondes) mais où la nature a aussi parfois son mot à dire (dévastation du monde dEléa et Païkan par un cataclysme naturel dans La Nuit des temps). Ce sont souvent des visions très globalisantes où aucun aspect de nos sociétés nest négligé, où notre histoire actuelle devient souvent légende, où les croyances perpétuées à travers les siècles continuent à se propager, à varier, à sagglomérer pour former de nouveaux concepts. Les auteurs semblent trouver passionnante lidée dimaginer ce que nos mythes vont devenir, ce que nous allons devenir dans lesprit de nos descendants, ce que nos systèmes politiques et religieux vont devenir sous linfluence de la technologie mais aussi de léconomie sans compter la dégradation de la Terre que personne noublie jamais. Cette Terre qui, bien souvent, devient mystique, planète utopique dont on a perdu la trace (Asimov, Simmons), berceau dune civilisation dispersée, décimée, éclatée ou en danger.
Le cinéma a, lui, souvent eu une vision beaucoup plus spectaculaire avec une dérive vers le space opera, vers une SF regardant moins vers lhomme. Il a adapté et continue à adapter de grands classiques mais il devient aussi source dinspiration à son tour. La saga Star Wars ou Star Trek nont plus grand chose à voir avec la SF littéraire bien quil en existe des livres. On sattache plus ici aux effets spéciaux et à un univers totalement inédit. Star Wars cherche pourtant à montrer comment évoluent des manipulations politiques quelle que soit la société : ce sont toujours les mêmes complots pour les mêmes buts. Les adaptations sont, de plus, souvent fort éloignées de ce quétait luvre littéraire originale : rien ne ressemble moins à un roman de Philip K. Dick quune adaptation dun roman de Philip K. Dick ! Je dirais juste que je trouve que le cinéma se laisse un peu trop souvent séduire par lappel du spectaculaire au détriment de la SF telle quelle fut conçue à la base (mais je peux me tromper sur le concept de base !). Et quil mélange bien souvent les genres : on ne sait plus bien sil sagit de SF ou daction pure parfois. On aime ou pas. Personnellement, japprécie laspect cinématographique parce quil apporte une autre vision, en décalage avec ce quon peut lire, mais aussi souvent une vision de bon sens, de bon goût et beaucoup de créativité. Lorsquil innove en créant (et non pas en adaptant), il le fait souvent avec réussite : Stargate, Le Cinquième élément ou Terminator en attestent, pour ne pas parler de Dark City, Bienvenue à Gattaca ou Matrix. On comprend ainsi que lauteur de SF actuelle puisse puiser dans ce creuset didées que le cinéma fournit régulièrement et que littérature et cinéma finissent par sinfluencer mutuellement.
Voilà pour ce tour dhorizon, rapide au regard de tout ce quil aurait encore à dire sur le sujet, mais je lespère pas trop faux. Si vous avez des remarques, nhésitez pas.
Ambre
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