Mercredi 5 mars 2008
La suite de la suite..
Je voulais vous parler de façon un peu plus approfondie  (mais pas comme un juriste non plus) du droit d'auteur.
La notion de droit d'auteur, je m'en rends bien souvent compte, est très floue dans la plupart des esprits qu'il s'agisse de droit sur des textes, des dessins, des photos ou même de la création graphique. Cette ignorance touche aussi bien l'individu lambda que les auteurs eux-mêmes qui, bien souvent, n'ont pas conscience de ce qu'ils font lorsqu'ils cèdent leurs droits à un éditeur, jusqu'à ce que...
En effet, en lisant les articles précécents, beaucoup ont pu se demander pourquoi je faisais toute une affaire de cette histoire de droits d'auteurs cédés ou non à l'éditeur.

Avant tout, je vais établir une distinction très nette entre ce qui relève de la propriété intellectuelle et ce qui relève du paiement de droits d'auteur, à ne pas confondre.
Tout artiste, auteur, créateur possède une propriété intellectuelle et morale sur le produit de son art. En tant qu'auteur, vous pouvez vous retourner contre une personne qui vous aurait plagié ou qui aurait volé votre texte par exemple (à condition de prouver l'antériorité de votre version bien entendu, ce à quoi sert un dépôt légal). De la même façon, vous ne pouvez utiliser une photo trouvée sur Internet pour la couverture de votre prochain livre sans avoir obtenu l'autorisation de l'auteur de cette photo voire des personnes qui peuvent se trouver dessus (ce qui relève du droit à l'image) : le photographe a un droit d'auteur lui aussi (combien d'auteurs me disent tous les jours : "Je veux cette photo" sans même se demander s'ils ont le droit de l'exploiter, des photos avec des copyright énormes imprimés dessus !).
Le paiement de droits d'auteur est différent. Il résulte d'un contrat passé entre un auteur et un éditeur qui stipule qu'un certain pourcentage de la vente du livre (pourcentage calculé sur le prix de vente public hors taxes) lui sera reversé.

A présent que cette question est plus claire, j'en viens au pourquoi de l'importance du droit d'auteur mentionnés plus haut. Il s'agit évidemment là de propriété intellectuelle. Lorsque l'auteur signe un contrat d'édition avec un éditeur (qu'il s'agisse de contrat à compte d'auteur ou à compte d'éditeur), il cède ses droits à l'éditeur. Cela signifie qu'il lui donne l'autorisation d'exploiter son oeuvre de toutes les façons possibles (se greffent souvent sur les contrats actuels des contrats annexes pour l'adaptation cinématographique, télévisée voir en jeux vidéo) et en usant de tous les moyens possibles (publicité, marketing, mise en place chez les libraires, présence sur des salons, etc.). En échange de quoi ledit éditeur verse à l'auteur les fameux droits d'auteur sur le produit des ventes. Vous suivez toujours ?
Les soucis commencent lorsque l'auteur n'est pas satisfait du service rendu. Soit qu'il soit en désaccord sur la façon dont l'éditeur présente son oeuvre, soit qu'il estime que l'éditeur s'occupe mal de sa promotion, de sa diffusion-distribution, etc. Les raisons peuvent être légion. Le souci est que si l'auteur veut quitter son éditeur, il rencontre alors d'importants obstacles du fait du contrat qui le lie.
Tout d'abord, il ne pourra pas faire éditer son livre chez un autre éditeur s'il est toujours exploité chez son éditeur actuel. Cela signifie qu'un auteur est libéré de son contrat avec son éditeur si celui-ci ne dispose plus de stock de son livre et ne prévoit pas de réimpression de son livre. Il peut alors demander à l'éditeur la signature d'une attestation de libération de droits (je n'ai plus le terme exact, désolée). Tant que le livre est réimprimé et fait l'objet d'une commercialisation entrant dans le cadre du contrat, l'auteur ne peut disposer de son texte comme il le souhaite quel qu'en soit le mode d'exploitation (adaptation théâtrale, cinématographique, etc.) sans l'accord de l'éditeur.
De plus, un grand nombre de contrats contiennent des clauses particulières qui peuvent être du type :
- clause de préférence : tout ouvrage se situant dans la même veine littéraire (le même genre, la même thématique, etc.) que celui pour lequel vous avez signé le contrat devra être présenté en priorité à ce même éditeur avant tout autre ;
- clause sur le droit de suite : cette clause indique que les x prochains livres que vous ferez éditer (généralement dans le même genre) sont par avance réservés pour une exploitation par l'éditeur signataire du contrat
- je n'en vois pas d'autres pour le moment mais j'ai dû en oublier (si vous voyez, sonnez-moi !).
Autant dire qu'avec des clauses comme celles-ci, il est difficile de quitter son éditeur si on en est mécontent puisqu'on est lié non seulement pour l'ouvrage en cours mais pour les suivants qui peuvent ne pas encore être écrits voire ne jamais être écrits.
Lorsque le contrat est passé avec un éditeur à compte d'édition sérieux, pas de souci. Le contrat vous assure plutôt qu'on s'occupera bien de vous et que vous êtes au chaud, choyé et commercialisé. Avec des éditeurs à compte d'auteur, les choses se gâtent beaucoup plus souvent. Tout simplement parce que la commercialisation ne suit souvent pas aussi bien, que le reversement des droits d'auteur peut s'avérer problématique (pas de versement avant d'avoir atteint une certaine somme, etc.) ou que la reconnaissance en tant qu'auteur n'est pas celle à laquelle vous vous attendiez.

Je me rends compte soudain je suis encore en train d'écrire un roman. Je vous propose donc la suite de la passionnante aventure du droit d'auteur au prochain article.

(à suivre)

Ambre

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par Ambre publié dans : Découvrir
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Lundi 18 février 2008
Je sais que je vous ai fait un peu attendre mais je n'ai guère eu de temps et je crois aussi qu'une série d'articles comme celle-ci nécessite du temps dans l'élaboration. Beaucoup de questions ont été posées sur les précédents articles et des discussions amenées. je sens que ça devient intéressant et que ça vous agite les méninges...
Je poursuis aujourd'hui pour vous parler d'autres modes d'édition un peu plus marginaux ou méconnus ainsi que pour parler de ce qu'on trouve sur Internet actuellement.

L'impression à la demande
Le vieux mythe a vécu. Au tout début des années 2000, alors que l'impression numérique faisait son apparition, beaucoup se sont engouffrés dans la brèche, se disant que c'était l'avenir de l'édition puisqu'il n'y aurait plus de problèmes de gestion des stocks, qu'on gèrerait des commandes en flux tendu, etc. Des maisons d'édition d'un nouveau genre se sont créées : 00h00, Olympio, CyLibris, Manuscrit.com. Beaucoup sont mortes de leur belle mort, d'autres ont tourné casaque avant que le désastre ne les frappe, certaines survivent (j'avoue que je ne sais pas trop comment).
Car si l'impression numérique permet en effet une souplesse incontestable face à l'impression offset traditionnelle (où il est rarement rentable d'imprimer moins de 1000 exemplaires), elle ne permet toujours pas aujourd'hui l'impression à l'unité. Là, les connaisseurs vont hurler, alors je rectifie : il est possible d'imprimer à l'exemplaire. Si vous le souhaitez. Sauf qu'il y a toujours un coût de prise en charge du fichier, de calage machine*, une gâche** (là, ça devient un peu technique alors allez voir plus bas...), des frais d'expédition, etc. Et tout ceci a un coût qui se répercute sur votre coût de l'exemplaire bien entendu. Autant dire que ce système économique trouve vite ses limites. Aujourd'hui, il n'est pas très raisonnable d'imprimer moins de 10 exemplaires d'un coup et même là, ce n'est pas très rentable. L'impression numérique permet donc avant tout de petits chiffres de tirage*** que ne permet pas l'offset (10, 50, 100, 300 exemplaires).
Mais de quoi vous parle-t-on lorsqu'on vous dit "impression à la demande" ? D'impression numérique bien sûr mais certainement pas d'impression à l'exemplaire. Alors, je vous avoue que je n'ai toujours pas compris comment faisait Lulu.com pour tenir ce genre d'engagement. L'explication se trouve peut-être dans le fait que le système s'appuie sur une énorme puissance financière qui permet sans doute d'absorber les pertes des petits tirages tout en gagnant de l'argent sur les livres qui vendent bien. Je crois plutôt, pour ma part, que Lulu compte sur le fait que vous n'allez pas être le seul à vouloir acheter votre exemplaire de votre chef-d'oeuvre intemporel (désolée, j'aime bien jouer les sarcastiques de temps en temps). Tout le monde sait que papa, maman, tous vos meilleurs potes et même tata Arlette vont acheter le bouquin. Il y en a bien au moins 10 qui se vendront... Vous voyez le tableau ? Evidemment, c'est le même topo pour Manuscrit et toutes les entreprises qui vous parlent d'impression à la demande.

L'édition numérique
Je voudrais maintenant vous parler d'un tout autre domaine encore fort méconnu bien qu'il ne soit pas nouveau. Au moment où la bulle Internet enflait à vue d'oeil, où les start-up fleurissaient, où l'on croyait à l'avenir de l'impression à la demande, est aussi née l'édition électronique ou numérique. En ce temps-là (vous le sentez le sarcasme, là ?), d'aucuns pensaient que l'avenir du livre résidait dans sa dématérialisation et dans sa conversion en e-book. Bien peu y croyaient. D'autres l'ont fait et, aujourd'hui, les e-books existent. S'ils ne sont pas très connus, ils sont pourtant très nombreux et laissent au lecteur un choix impressionnant. Grâce à eux, vous pouvez lire sur votre ordinateur, sur votre PDA ou sur des readers. Surtout ces livres numériques s'emportent partout dans un minimum de place : en vacances, en voyage d'affaire, le temps d'un trajet en train... Ils permettent de surmonter des handicaps (possibilité de régler la taille des caractères, existence d'audio-books), à des bibliothèques de remplir (virtuellement) leurs rayonnages où qu'elles se trouvent dans le monde à moindre frais (vous imaginez le prix du transport des livres vers les Seychelles, la Réunion ou la Martinique ?). L'e-book, c'est le livre à portée de main partout et tout le temps.
Il y a bien sûr des inconvénients. Il faut d'abord apprécier de lire sur écran et même si le confort de lecture est sans cesse amélioré, je ne vous cacherais pas que même le plus perfectionné des readers n'est pas encore parfait. Il faut accepter de se passer d'une belle bibliothèque remplie de livres papier au profit d'une bibliothèque virtuelle sous forme de liste dans un répertoire de votre ordinateur. Fini la sensualité du toucher du livre, son odeur, le bruit des pages qui se tournent... Pourtant, on peut aussi vous proposer de faire de votre oeuvre une cyber-oeuvre avec des possibilités que vous n'auriez même pas imaginées : y ajouter du son, des illustrations voire de la vidéo, l'animer, l'hypertextualiser. Tout un champ nouveau pour les artistes du virtuel. A ne pas négliger même si ce domaine n'est pas encore très exploité : attention, il est en devenir avec la création de la bibliothèque numérique européenne.

Quelques exemples au fil de la toile
Pour finir, et comme vous avez été plusieurs à poser des questions à ce sujet, je voulais vous parler de certaines entreprises que vous avez pu rencontrer au fil de vos déambulations sur Internet.
Manuscrit.com : je vais donc commencer par celui qui a amené le plus de questions. A l'origine, Manuscrit a voulu surfer sur la vague de l'impression à la demande et du livre numérique (en regardant de plus près, vous verrez que tous leurs livres sont aussi téléchargeables en PDF). L'idée était d'éditer le plus d'auteurs possibles. Cela ne coûtait rien à l'auteur qui cédait ses droits pour une durée de 18 mois (je vous expliquerai pourquoi dans un autre article) et était rémunéré en droits d'auteurs. Quel avantage pour Manuscrit ? Constituer un vivier de talents potentiels dans lequel repérer les futurs best-sellers. Aujourd'hui, adieu sublimes rêves de mécenat désintéressé. Manuscrit fait signer des contrats sans durée limitative, avec droits de suite pour 3 livres et n'a guère fait connaître de grands auteurs à ce jour. Le rêve est enfui et beaucoup d'auteurs déchantent (c'est au moins ce que j'ai pu constater mais certains sont peut-être contents de leur sort).
Lulu.com : surfe littéralement sur la vague de l'impression à la demande. Je vous ai dit le fond de ma pensée sur ce point. Le concept est on ne peut plus intéressant toutefois. On obtient en un rien de temps un livre, un vrai. Vous donnez votre manuscrit à Lulu et il le transforme en livre papier que vous pouvez acheter ainsi que tous ceux qui le désirent. Pas de frais, pas de contrat. C'est limpide pour l'auteur. Surtout, pas de fausses promesses. Le bémol : aucune personnalisation, aucun contact humain et donc pas de travail éditorial. Votre livre resssemblera à ce que vous en avez fait. Alors si vous êtes un gros nul de l'orthographe, un goret de la mise en page, que vous ne savez pas ce que le mot typographie signifie, je dis attention : la machine Lulu n'a que faire de tout ceci. Si vous lui donnez un fichier dégueulasse, elle vous pondra un livre à l'avenant.
In libro veritas : une bonne idée en soi. Le concept est de vous permettre d'être lu. Vous pouvez soumettre gratuitement vos oeuvres à la critique sur ce site. L'idée sous-jacente : après avoir retravaillé votre texte sous la férule d'internautes avertis qui vous auront aidé, frustré ou dégoûté au choix, vous aurez fatalement envie d'obtenir une version papier. Là, vous pouvez faire appel aux services des Editions In libro veritas. Des forfaits tous prêts n'attendent que vous : à bien lire car tous ne vous permettent pas d'obtenir un livre dans les règles de l'art à ce que j'ai compris. On retombe sur le principe de l'auto-édition avec l'avantage de pouvoir accéder à des conseils de pros. Pour l'heure, je ne connais personne qui aie testé pour pouvoir vous garantir que c'est parfait. J'attends vos témoignages.
JePublie.com : là, on ne se cache plus derrière un titre d'éditeur. Il s'agit d'auto-édition pure et dure. On ne vendra pas vos livres pour vous : on vous promet juste de les imprimer de la façon qui vous convient le mieux et de vous les livrer. Dès le début, vous savez pourquoi vous payez. Vous aurez une couverture personnalisée, un intérieur personnalisé, des corrections personnalisées (et si vous n'en voulez pas, vous pouvez aussi ne pas faire corriger votre livre). Pas de contrat, juste un devis à signer. C'est sûr, on est loin du beau monde de l'édition telle qu'on la rêve mais si le but est juste de faire lire ses mémoires à ses petits-enfants ou de pouvoir offrir son roman à ses parents, le pari est gagné. Vous avez un interlocuteur pour chaque étape de la réalisation du projet. Les livres sont beaux et bien faits. Le petit plus : vous pouvez obtenir gratuitement la distribution de la version numérique de votre livre sur le site Numilog.fr.

(à suivre)

Ambre

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Edition : mode d'emploi (3)
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* Calage machine : il s'agit des réglages pour l'impression du livre (débit de l'encrage, insertion du papier, etc.) durant lesquelles la machine ne tourne pas, ne produit pas mais nécessite l'attention d'au moins une personne. Cela a donc un coût qui est fixe et qui se répercute sur le prix de l'exemplaire.
** Gâche : durant le calage, l'imprimeur fait des tests pour vérifier que tout va rouler correctement. Il va donc utiliser de l'encre et du papier que vous ne verrez jamais car cela va partir à la poubelle (recyclage, je vous rassure) mais qui vont lui permettre de s'assurer que votre livre sera parfait. Il s'agit là de la gâche machine. Il y a ensuite la gâche de façonnage : il peut y avoir des exemplaires ratés mais il y a aussi tout le papier qui part à la rogne (lorsque l'on massicote les bords de votre livre pour que tout tombe bien droit).
*** Tirage : nombre d'exemplaires imprimés.
par Ambre publié dans : Découvrir
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