Si on a pu voir en Ripley, dans les débuts, l’antithèse du héros (surtout si l’on considère qu’à l’époque de sortie du premier film, les héros s’appelaient plutôt Rambo, Conan ou Bruce Lee), elle est devenue avec le temps l’héroïne par excellence, allant jusqu’à voler la vedette à la créature et être l’élément incontournable de la saga. On ne sait plus très bien s’il s’agit de films d’horreur et de science-fiction ou de l’histoire extraordinaire de cette femme ordinaire à l’origine. C’est sans doute une des plus grandes réussites des créateurs que d’avoir choisi de faire du héros une héroïne (ce qui n’était pas prévu au départ) : c’est une surprise pour le spectateur, c’est un formidable pari.
Bien sûr, le choix de l’actrice y est pour beaucoup. Sigourney Weaver a su incarner Ripley de la plus belle des façons : lumineuse, pleinement consciente des ambiguïtés de son personnage (qui fait face à des gros durs sans trembler mais ne peut quitter le vaisseau sans son chat). Capable de se montrer désespérément féroce et profondément sensible à la fois, elle utilise au fil des films une palette dramatique extrêmement large et savamment dosée qui va bien au-delà des numéros de fiers-à-bras ou de jeune fille effrayée hurlant à l’approche du monstre. En femme de tête, elle rayonne et se montre d’une virtuosité sans pareille sans jamais plonger du côté « maître de guerre » intransigeant et insensible. Sigourney Weaver sait nous rappeler que Ripley est une femme capable de sentiments maternels (avec Newt dans Aliens) ou amoureux (avec Clement dans Alien3), de profonds moments de désespoir sans perdre de vue le danger et la force qu’on réclame d’elle. Il n’y a guère que dans le quatrième épisode que les choses changent du fait de la double nature du personnage qui finit par se complaire dans le nid de la reine alien, reconnaître les créatures comme des frères, adopter pour partie leur comportement animal (ses mouvements de tête sont terrifiants) sans renier son côté humain. On peut même penser que ce sont seulement les souvenirs se celle qu’elle était avant de mourir qui la retiennent de passer du côté de l’animal sensuel qu’elle aimerait peut-être être.
Ambre
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