Mercredi 2 mai 2007
J'y reviens car il me semble avoir effleuré le sujet il y a peu. L'idée est restée là, un peu flottante. A creuser. M'y voici donc.
La poésie, chez moi, est affaire de style. Je ne la recherche pas. Je ne la manipule pas. Elle jaillit le plus souvent comme ça, au détour d'un phrase. D'un coup, le texte que je suis en train d'écrire se transforme. C'est toujours de la prose mais plus vraiment en même temps.
Je pratique cette forme d'écriture depuis longtemps. Je ne me rappelle pas vraiment avoir écrit différemment un jour. Mais cela m'a aussi toujours fait souffrir à divers degrés. C'est sans doute pour ça que, lorsque j'ai entrepris l'écriture d'un second roman tout à fait différent du premier, j'ai décidé de refuser la souffrance et de m'adonner à une écriture plus "facile", plus directe. Un peu comme celle que je pratique ici. Sauf que j'ai oublié un aspect essentiel.
La poésie fait partie de ma façon d'écrire. Tout ce que j'ai pu produire depuis cette prise de décision me paraît insipide et terne à l'exception des quelques passages où, à mon insu, la poésie s'est installée. Elle y est timide. Mais sa minuscule présence suffit à illuminer une chapitre entier. Elle se révèle donc essentielle.
Il faut que j'arrive à la réintroduire. Mais à petites doses. Elle doit servir l'histoire, apparaître au bon moment et s'effacer son oeuvre achevée en m'ayant fait mal le moins possible. J'aurais toujours moins de souffrance qu'auparavant.
Surtout que, lorsque j'y pense, la poésie est vraiment importante et incontournable pour faire un bon bouquin. Ce que j'ai perdu de vue. C'est en lisant des auteurs donc l'oeuvre n'a a priori rien de poétique que ce constat m'a sauté aux yeux. Ca me semblait évident chez Marguerite Duras par exemple : "La petite au chapeau de feutre est dans la lumière limoneuse du fleuve, seule sur le pont du bac, accoudée au bastingage. Le chapeau d'homme colore de rose toute la scène. C'est la seule couleur. Dans le soleil brumeux du fleuve, le soleil de la chaleur, les rives se sont effacées, le fleuve paraît rejoindre l'horizon. Le fleuve coule sourdement, il ne fait aucun bruit, le sang dans le corps."(1) Facile, me direz-vous. Alors nous allons faire plus compliqué.
Après tout, qu'y a-t-il de plus prosaïque qu'un bon vieux thriller ? C'est ce que je me suis toujours dit : style direct, sans fioritures, allant à l'essentiel, c'est-à-dire à l'intrigue et ses circonvolutions. Mais je me trompais car qui oserait dire que ce passage de Fred Vargas n'est pas d'un grande justesse tout en parlant à notre âme : "Ca ne l'avait pas étonné. Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d'une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d'accastillage qui ne l'avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses était à l'évidence chargé d'une énergie tout entière concentrée pour emmerder l'homme. La moindre faute de manipulation, parce que offrant à la chose la liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme, du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l'homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l'araignée en quête d'inaccessible, déclanchant pour son prédateur, l'Homme, une succession d'épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement,chute d'ustensile, brûlure."(2)
Et je vois bien que Jean-Christophe Grangé ne peut pas s'en empêcher. Jugez-en : "Dans le soir, les avenues viraient peu à peu au crème, au beige, au rose, accusant leurs trottoirs de latérite, leurs franges de terre piétinés par des pieds nus. Les bâtiments paraissaient s'évaporer en une nuée de poussière rouge, révélant leur chair de brique. L'air se couvrait de pigments, se fragmentait en milliards de particules. Et, au bout des avenues, le soleil paraissait attirer à lui ces nuages pourpres, abandonnant à l'obscurité des silhouettes vides, des ombres mortes..."(3)
Au fait, ne cherchez pas les rimes : il n'y en a pas. Car j'ai oublié de vous dire que poésie ne signifie pas vers et rimes. Il s'agit tout simplement d'un style qui fait vibrer la fibre humaine en nous, qui nous fait ressentir les éléments afin de nous imprégner du récit. Et ça suffit à faire qu'un texte est poétique. Juste trouver le mot qui vous secoue de haut en bas. Voilà.

Ambre

(1) L'Amant
(2) Pars vite et reviens tard
(3) La Ligne noire
par Revant publié dans : Ecrire
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Mardi 17 avril 2007
Vous connaissez ces réveils pâteux. Ceux qui vous laissent avec un goût bizarre dans la bouche. Ceux qui vous font penser que vous marchez sur du coton et que le type à côté de vous n'est pas réellement réel. Ceux dont vous voudriez vous débarrasser vite, très vite. Pour ceux qui ne suivraient pas, je ne parle pas d'un lendemain de beuverie en règle (pour information, je ne bois pas  ou si peu que je n'ai jamais connu la joie d'une vraie cuite).
Je pense plutôt à ces petits matins où vous savez que les rêves de la nuit ont été trop forts pour vous. Ceux où vous vous sentez en marge du monde dans lequel on vit tous les jours. Vous ne savez plus vraiment très bien. Ca reste assez flou même. Mais l'impression, la sensation sont là, bien présentes, bien accrochées. Et quand je dis que vous voudriez vous débarrasser de ces matins, c'est bien justement parce qu'il est compliqué de s'en défaire. Ca reste là, toute la journée s'il le faut. Des images distordues vous reviennent en flash au fil des heures et cette maudite sensation d'avoir vécu une autre vie qui vous appelle persiste.
Bon, vous avez là un vague idée de mon état d'esprit du jour. Et ce n'est pas seulement pour vous parler de ces rêves plus réalistes que la réalité que je viens tapoter sur mon clavier. Celui de la nuit dernière m'a bel et bien poursuivie toute la journée. Je vous avoue : j'en ai ma claque. Sauf que je sais bien ce qu'il vient faire là. Je sais de quoi il parlait et je me remémore même des scènes entières (même si je suis pas vraiment fière d'y avoir vu figurer Stallone... si, si !). Ce n'était certes pas très cohérent mais ça parlait bien d'une chose très claire : mon roman.
Vous savez, cette chose d'une centaine de pages laissée en plan depuis des mois sous prétexte d'une absence de qualité dans le style, d'une incapacité à me concentrer sur l'intrigue et de tout un tas d'autres très bonnes raisons. C'est sans doute le moyen qu'à trouvé mon subconscient pour me rappeler qu'il serait grand temps de m'y remettre (comme si je ne le savais pas). Comment j'ai compris que ce rêve parlait de mon roman. Ben, faut pas être grand devin : le contexte était exactement le même (je vous rassure, pas de Stallone en vue dans mes écrits toutefois) si l'histoire, elle, différait.
Je me suis levée la tête dans le sac, honteuse et avec une envie rageuse d'écrire. Genre je me suis pris l'engueulade du siècle et il faut vraiment que je fasse quelque chose. Vous savez, quand vous vous prenez un grand coup dans les fesses pour voir si ça peut encore les faire bouger (zut, je suis nulle pour exprimer ce qui me passe par la tête : j'aurais grand besoin d'une aide dragonnesque avec une expression bien sentie comme elle sait les inventer). Bref, ça ne m'arrangeait pas du tout d'aller au boulot ce matin, le rêve persistant en arrière-plan de mon cerveau toute la journée avec de grosses loupiotes rouges clignotantes pour me signaler qu'il fallait que je me bouge.
Et pour le coup, c'était  raté parce que, après le boulot, j'avais cours de guitare et donc pas le temps de m'installer pour réfléchir le bic à la main. J'ai quand même un peu cogité à chaque instant où j'en ai eu l'occasion et je crois vraiment que ce rêve m'a fait du bien : ça m'a donné des idées et surtout l'envie de plancher. Demain sans faute... avec une autre personne que moi dans la maison, je peux pas, désolée !

Ambre
par Revant publié dans : Ecrire
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