Lundi 18 février 2008
Je sais que je vous ai fait un peu attendre mais je n'ai guère eu de temps et je crois aussi qu'une série d'articles comme celle-ci nécessite du temps dans l'élaboration. Beaucoup de questions ont été posées sur les précédents articles et des discussions amenées. je sens que ça devient intéressant et que ça vous agite les méninges...
Je poursuis aujourd'hui pour vous parler d'autres modes d'édition un peu plus marginaux ou méconnus ainsi que pour parler de ce qu'on trouve sur Internet actuellement.

L'impression à la demande
Le vieux mythe a vécu. Au tout début des années 2000, alors que l'impression numérique faisait son apparition, beaucoup se sont engouffrés dans la brèche, se disant que c'était l'avenir de l'édition puisqu'il n'y aurait plus de problèmes de gestion des stocks, qu'on gèrerait des commandes en flux tendu, etc. Des maisons d'édition d'un nouveau genre se sont créées : 00h00, Olympio, CyLibris, Manuscrit.com. Beaucoup sont mortes de leur belle mort, d'autres ont tourné casaque avant que le désastre ne les frappe, certaines survivent (j'avoue que je ne sais pas trop comment).
Car si l'impression numérique permet en effet une souplesse incontestable face à l'impression offset traditionnelle (où il est rarement rentable d'imprimer moins de 1000 exemplaires), elle ne permet toujours pas aujourd'hui l'impression à l'unité. Là, les connaisseurs vont hurler, alors je rectifie : il est possible d'imprimer à l'exemplaire. Si vous le souhaitez. Sauf qu'il y a toujours un coût de prise en charge du fichier, de calage machine*, une gâche** (là, ça devient un peu technique alors allez voir plus bas...), des frais d'expédition, etc. Et tout ceci a un coût qui se répercute sur votre coût de l'exemplaire bien entendu. Autant dire que ce système économique trouve vite ses limites. Aujourd'hui, il n'est pas très raisonnable d'imprimer moins de 10 exemplaires d'un coup et même là, ce n'est pas très rentable. L'impression numérique permet donc avant tout de petits chiffres de tirage*** que ne permet pas l'offset (10, 50, 100, 300 exemplaires).
Mais de quoi vous parle-t-on lorsqu'on vous dit "impression à la demande" ? D'impression numérique bien sûr mais certainement pas d'impression à l'exemplaire. Alors, je vous avoue que je n'ai toujours pas compris comment faisait Lulu.com pour tenir ce genre d'engagement. L'explication se trouve peut-être dans le fait que le système s'appuie sur une énorme puissance financière qui permet sans doute d'absorber les pertes des petits tirages tout en gagnant de l'argent sur les livres qui vendent bien. Je crois plutôt, pour ma part, que Lulu compte sur le fait que vous n'allez pas être le seul à vouloir acheter votre exemplaire de votre chef-d'oeuvre intemporel (désolée, j'aime bien jouer les sarcastiques de temps en temps). Tout le monde sait que papa, maman, tous vos meilleurs potes et même tata Arlette vont acheter le bouquin. Il y en a bien au moins 10 qui se vendront... Vous voyez le tableau ? Evidemment, c'est le même topo pour Manuscrit et toutes les entreprises qui vous parlent d'impression à la demande.

L'édition numérique
Je voudrais maintenant vous parler d'un tout autre domaine encore fort méconnu bien qu'il ne soit pas nouveau. Au moment où la bulle Internet enflait à vue d'oeil, où les start-up fleurissaient, où l'on croyait à l'avenir de l'impression à la demande, est aussi née l'édition électronique ou numérique. En ce temps-là (vous le sentez le sarcasme, là ?), d'aucuns pensaient que l'avenir du livre résidait dans sa dématérialisation et dans sa conversion en e-book. Bien peu y croyaient. D'autres l'ont fait et, aujourd'hui, les e-books existent. S'ils ne sont pas très connus, ils sont pourtant très nombreux et laissent au lecteur un choix impressionnant. Grâce à eux, vous pouvez lire sur votre ordinateur, sur votre PDA ou sur des readers. Surtout ces livres numériques s'emportent partout dans un minimum de place : en vacances, en voyage d'affaire, le temps d'un trajet en train... Ils permettent de surmonter des handicaps (possibilité de régler la taille des caractères, existence d'audio-books), à des bibliothèques de remplir (virtuellement) leurs rayonnages où qu'elles se trouvent dans le monde à moindre frais (vous imaginez le prix du transport des livres vers les Seychelles, la Réunion ou la Martinique ?). L'e-book, c'est le livre à portée de main partout et tout le temps.
Il y a bien sûr des inconvénients. Il faut d'abord apprécier de lire sur écran et même si le confort de lecture est sans cesse amélioré, je ne vous cacherais pas que même le plus perfectionné des readers n'est pas encore parfait. Il faut accepter de se passer d'une belle bibliothèque remplie de livres papier au profit d'une bibliothèque virtuelle sous forme de liste dans un répertoire de votre ordinateur. Fini la sensualité du toucher du livre, son odeur, le bruit des pages qui se tournent... Pourtant, on peut aussi vous proposer de faire de votre oeuvre une cyber-oeuvre avec des possibilités que vous n'auriez même pas imaginées : y ajouter du son, des illustrations voire de la vidéo, l'animer, l'hypertextualiser. Tout un champ nouveau pour les artistes du virtuel. A ne pas négliger même si ce domaine n'est pas encore très exploité : attention, il est en devenir avec la création de la bibliothèque numérique européenne.

Quelques exemples au fil de la toile
Pour finir, et comme vous avez été plusieurs à poser des questions à ce sujet, je voulais vous parler de certaines entreprises que vous avez pu rencontrer au fil de vos déambulations sur Internet.
Manuscrit.com : je vais donc commencer par celui qui a amené le plus de questions. A l'origine, Manuscrit a voulu surfer sur la vague de l'impression à la demande et du livre numérique (en regardant de plus près, vous verrez que tous leurs livres sont aussi téléchargeables en PDF). L'idée était d'éditer le plus d'auteurs possibles. Cela ne coûtait rien à l'auteur qui cédait ses droits pour une durée de 18 mois (je vous expliquerai pourquoi dans un autre article) et était rémunéré en droits d'auteurs. Quel avantage pour Manuscrit ? Constituer un vivier de talents potentiels dans lequel repérer les futurs best-sellers. Aujourd'hui, adieu sublimes rêves de mécenat désintéressé. Manuscrit fait signer des contrats sans durée limitative, avec droits de suite pour 3 livres et n'a guère fait connaître de grands auteurs à ce jour. Le rêve est enfui et beaucoup d'auteurs déchantent (c'est au moins ce que j'ai pu constater mais certains sont peut-être contents de leur sort).
Lulu.com : surfe littéralement sur la vague de l'impression à la demande. Je vous ai dit le fond de ma pensée sur ce point. Le concept est on ne peut plus intéressant toutefois. On obtient en un rien de temps un livre, un vrai. Vous donnez votre manuscrit à Lulu et il le transforme en livre papier que vous pouvez acheter ainsi que tous ceux qui le désirent. Pas de frais, pas de contrat. C'est limpide pour l'auteur. Surtout, pas de fausses promesses. Le bémol : aucune personnalisation, aucun contact humain et donc pas de travail éditorial. Votre livre resssemblera à ce que vous en avez fait. Alors si vous êtes un gros nul de l'orthographe, un goret de la mise en page, que vous ne savez pas ce que le mot typographie signifie, je dis attention : la machine Lulu n'a que faire de tout ceci. Si vous lui donnez un fichier dégueulasse, elle vous pondra un livre à l'avenant.
In libro veritas : une bonne idée en soi. Le concept est de vous permettre d'être lu. Vous pouvez soumettre gratuitement vos oeuvres à la critique sur ce site. L'idée sous-jacente : après avoir retravaillé votre texte sous la férule d'internautes avertis qui vous auront aidé, frustré ou dégoûté au choix, vous aurez fatalement envie d'obtenir une version papier. Là, vous pouvez faire appel aux services des Editions In libro veritas. Des forfaits tous prêts n'attendent que vous : à bien lire car tous ne vous permettent pas d'obtenir un livre dans les règles de l'art à ce que j'ai compris. On retombe sur le principe de l'auto-édition avec l'avantage de pouvoir accéder à des conseils de pros. Pour l'heure, je ne connais personne qui aie testé pour pouvoir vous garantir que c'est parfait. J'attends vos témoignages.
JePublie.com : là, on ne se cache plus derrière un titre d'éditeur. Il s'agit d'auto-édition pure et dure. On ne vendra pas vos livres pour vous : on vous promet juste de les imprimer de la façon qui vous convient le mieux et de vous les livrer. Dès le début, vous savez pourquoi vous payez. Vous aurez une couverture personnalisée, un intérieur personnalisé, des corrections personnalisées (et si vous n'en voulez pas, vous pouvez aussi ne pas faire corriger votre livre). Pas de contrat, juste un devis à signer. C'est sûr, on est loin du beau monde de l'édition telle qu'on la rêve mais si le but est juste de faire lire ses mémoires à ses petits-enfants ou de pouvoir offrir son roman à ses parents, le pari est gagné. Vous avez un interlocuteur pour chaque étape de la réalisation du projet. Les livres sont beaux et bien faits. Le petit plus : vous pouvez obtenir gratuitement la distribution de la version numérique de votre livre sur le site Numilog.fr.

(à suivre)

Ambre


* Calage machine : il s'agit des réglages pour l'impression du livre (débit de l'encrage, insertion du papier, etc.) durant lesquelles la machine ne tourne pas, ne produit pas mais nécessite l'attention d'au moins une personne. Cela a donc un coût qui est fixe et qui se répercute sur le prix de l'exemplaire.
** Gâche : durant le calage, l'imprimeur fait des tests pour vérifier que tout va rouler correctement. Il va donc utiliser de l'encre et du papier que vous ne verrez jamais car cela va partir à la poubelle (recyclage, je vous rassure) mais qui vont lui permettre de s'assurer que votre livre sera parfait. Il s'agit là de la gâche machine. Il y a ensuite la gâche de façonnage : il peut y avoir des exemplaires ratés mais il y a aussi tout le papier qui part à la rogne (lorsque l'on massicote les bords de votre livre pour que tout tombe bien droit).
*** Tirage : nombre d'exemplaires imprimés.
par Ambre publié dans : Découvrir
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Mardi 29 janvier 2008
Pour commencer, je voulais vous parler des trois modes d'édition qui existent actuellement en France (attention, dans les pays anglo-saxons, les choses sont parfois assez différentes) et vous décrire leurs spécificités.

L'édition à compte d'éditeur : il s'agit du mode d'édition le plus classique, celui que tout le monde recherche. Dans ce schéma, un éditeur estime qu'un manuscrit est prometteur, publiable (peut-être pas tout à fait en l'état mais presque) et décide de prendre le risque de l'éditer. Cela signifie qu'il va travailler sur ce manuscrit avec l'auteur pour l'améliorer mais aussi pour le mettre en page le mieux possible, lui offrir une belle couverture accrocheuse, l'inclure éventuellement dans une de ses collections.
Il va prendre tous les risques financiers afin que le livre papier voit le jour : travail d'un maquettiste, d'une équipe marketing, de commerciaux, travail de l'éditeur pour parachever le manuscrit, coûts d'impression et de fabrication, coût de routage, diffusion / distribution (point crucial dans le monde de l'édition), offices (proposition du livre aux libraires), gestion des stocks, des réimpressions, des retours, du pilon...
Tout cela ne coût pas un centime à l'auteur car, en échange de tout cela, il a cédé ses droits d'auteur (je schématise un peu mais en gros c'est ça). Cela signifie qu'il ne peut plus aller voir un autre éditeur avec son manuscrit et que son éditeur a son mot à dire pour tout ce qui touche à son livre. On lui verse souvent un avaloir (une avance sur les futures ventes de son livre) pour qu'il puisse survivre ou continuer à écrire en attendant de toucher ses premiers droits d'auteur. Il est rémunéré en droits d'auteur, c'est-à-dire qu'il touche généralement entre 5 et 15 % du produit des ventes HT. Le reste du produit des ventes permet à l'éditeur de se rembourser de son investissement et de faire une (petite, voire souvent très petite) marge bénéficiaire.
C'est le circuit de rêve. Celui pour lequel un grand nombre d'apprentis auteurs envoient leurs manuscrits, résumés, biographies à une tripotée d'éditeurs dans l'espoir d'être "découverts". C'est celui dans lequel la majorité n'a aucune chance de réussir. Car c'est celui qui publie le plus petit nombre de jeunes auteurs (comprenez par là, nouveaux auteurs) par an (environ 5 %). Nous sommes chez les Galligrasseuil (Gallimard, Grasset, Seuil) mais aussi chez Albin Michel, Robert Lafont, Belfont, Actes Sud et tout un tas d'éditeurs plus ou moins importants et plus ou moins spécialisés dans tel ou tel domaine. Les choses se compliquent. Nous reviendrons sur cette question un peu plus tard.

On résume :
- cession des droits d'auteurs à l'éditeur
- distribution des livres en librairie
- édition gratuite pour l'auteur (l'éditeur paie pour tout)
- rémunération de l'auteur en droits d'auteur


L'édition à compte d'auteur : il s'agit d'un mode d'édition  totalement différent. On est chez Publibook ou Bénévent, par exemple. Là, pas de découverte du beau et bon manuscrit. Pour vous donner mon avis tout net, nous pénétrons ici dans un monde qui n'est pas à mon goût, que je trouve souvent malhonnête (mais ceci n'engage que moi). J'aurais donc du mal à être objective sur la question.
Dans ce cadre, l'auteur (qui a souvent été sollicité par l'éditeur sans lui avoir jamais rien envoyé... bizarre bizarre ! et se sent donc flatté) est invité à céder ses droits d'auteurs à l'éditeur (jusque là, rien de nouveau). Ce qui change, c'est qu'on lui demande une participation financière pour la réalisation de son ouvrage.
Là, moi, je commence à m'inquiéter si je suis à sa place : payer pour avoir un livre mais sans céder ses droits, OK. Céder ses droits sans rien avoir à payer, OK. Mais céder ses droits ET avoir à payer... c'est louche. Oui, c'est louche.
En échange, il a droit à un certain nombre d'exemplaires de son livre (souvent une cinquantaine) à distribuer à son entourage ou pour faire sa pub. Mais il est distribué et c'est ça qui compte car la distribution (entendez que le livre est mis en vente en librairie) est ce qui lui permet de se faire connaître de ses lecteurs. Donc l'auteur à compte d'auteur se croit heureux. Jusqu'à ce qu'il se rende compte dans 90 % des cas que son livre ne figurera jamais au catalogue de la Fnac, que son éditeur ne s'occupe pas vraiment de sa promotion et que s'il veut vendre des bouquins, c'est à lui de dégotter les séances de dédicace, les salons et marchés de Noël pour se faire connaître... dans son quartier au moins.
Les droits d'auteur reversés sont souvent ridicules au regard de la participation financière déjà exorbitante demandée à ce pauvre auteur sans compter qu'il est rare qu'on ait pris la peine de retravailler le manuscrit avec lui avant impression. Je vous le dis tout net, des droits d'auteur de 2 % ne sont pas des droits d'auteur !
Et si le pauvre bougre qui s'est fait pigeonner (désolée, mais c'est comme ça que ça s'appelle) veut filer ailleurs, là où le ciel est plus bleu ou là où on lui offre une vraie édition de son livre, il ne peut pas. Ben oui, il a cédé ses droits ! Le piège se referme.

On résume :
- cession des droits d'auteur
- édition payante pour l'auteur
- distribution en librairie (sur le papier)
- rémunération de l'auteur en droits d'auteur

L'auto-édition : le troisième mode n'est pas le pire (vous ne trouvez pas que le compte d'auteur est déjà suffisamment gratiné ?). Mais il ne correspond assurément pas à vos rêves d'écrivain et ne flatte absolument pas votre ego. Je peux vous citer JePublie ou le Publieur.
La formule est simple : il s'agit de prestataires de services pour l'impression de votre livre. L'auteur ne cède aucun de ses droits (là, on est clean, ouf !). Il envoie son manuscrit qui sera toujours accepté puisqu'il n'est ici qu'un client parmi d'autres. On ne jugera pas de la qualité de son texte, il n'y a pas de comité de lecture. En gros, le client qui paie pour avoir x exemplaires de son ouvrage est roi. Il choisit s'il veut ou non faire corriger son texte, s'il veut une mise en page faite par des professionnels, s'il fournit un fichier qu'il estime prêt à imprimer. Il choisit le format de son livre, le papier, la reliure, la couverture (qu'on lui créé selon ses désirs). Chaque prestation fait l'objet d'un tarif particulier. On lui facture les prestations pré-presse (relecture, correction, mise en page, etc.) et l'impression ainsi que la livraison à domicile. Mais, je le répète, il conserve ses droits.
Tous les livres sont livrés chez lui et il en fait ce qu'il veut. Il les vend, il les propose à un éditeur (si, si, puisqu'il possède tous ses droits), il les donne à sa famille, les distribue dans des maisons de retraite, en fait des cocottes en papier s'il le souhaite. Les produits de la vente lui reviennent intégralement : à lui de trouver les circuits pour le vendre, de décrocher les séances de dédicaces, de faire sa pub sur Internet, etc. Mais au moins, il a son livre, à lui, tout beau et surtout personnalisé, dont il a approuvé chaque étape de fabrication. Il est conforme à tous les livres que vous avez pu voir : il a un numéro ISBN, fait l'objet d'un dépôt légal, porte un prix sur la couverture (idem pour les deux autres modes).

On résume :
- pas de cession des droits d'auteur
- édition payante pour l'auteur
- pas de distribution en librairie
- rémunération sur le produit des ventes que l'auteur arrive à réaliser

Prochain épisode : je poursuis le tour d'horizon des modes d'édition, car au milieu de ces 3 grands types, viennent s'intercaler plein de déclinaisons plus ou moins honnêtes.
Et après ce tour d'horizon qui n'aura pas été de trop je pense, je passerai à la phase plus délicate du parcours du combattant de l'auteur : le pourquoi de l'édition du manuscrit qui dort au fond de votre placard.

Ambre
par Ambre publié dans : Découvrir
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